VADIM VERNAY L’interview d’Hi-nu

Vadim Vernay - L'interview d'Hi-Nu

A l’occasion de son passage à Bourges, Hi-nu et Vadim Vernay ont pu prendre le temps d’un long entretien. Retour sur l’amour de l’objet « disque », sur le rôle de l’experimentation, sur la production musicale… Retrouvez l’interview sur le site de Hi-nu.

Rencontre agréable avec Vadim Vernay, qui sort un deuxième album attendu ce mois-ci. Nous découvrons sa passion pour la création et son regard pertinent sur les contours de la musique. Pas étonnant pour un patron de label.

Comment es-tu arrivé aux musiques électroniques et à l’amour des découpages rythmiques et des compositions abstraites ?

A la base, je suis batteur et j’ai fais plein de petits groupes locaux avec juste mon rôle à tenir. A un moment, ça m’a un peu frustré de ne pas pouvoir dire un mot sur les arrangements. Et puis j’arrivais à un moment où j’avais besoin de faire les choses à fond dans ce domaine là, et pas les autres du groupe. Donc je me suis tourné vers un outil que je maîtrise tout seul pour pouvoir gérer tout ce qui est mélodique et les arrangements. C’est comme cela que j’ai vraiment découvert l’outil MAO, les possibilités de recherche et de création que cela t’offre. Et c’est assez tardivement que j’ai découvert des artistes electro comme Portishead, Massive Attack, Tricky. Je n’avais plus de surprise dans le rock. Tout était mesuré. A ce moment là, j’ai vraiment eu la grosse claque avec Tricky, c’était vers fin 90.

Ton premier album autoproduit a été salué. Comment envisages-tu la suite ?
Vadim Vernay - Graceland

Au début, je composais juste par plaisir. J’ai créé beaucoup de matière et j’ai voulu voir ce que ça allait donner. J’ai envoyé mon disque à Traxx, notamment, qui a reçu une chronique dans la page « autoprod » à la fin. Des personnes m’ont appelé et ça m’a donné un début de confiance dans mon projet. Et à partir de là, j’ai encadré les choses. J’ai crée le label La Maison, qui m’a permis de produire l’album suivant, et l’aventure s’est professionnalisée.

Tu travailles sur deux plans contrastés : un plus electronica et l’autre plus pêchu. Dans quelque situation, climat te mets-tu pour composer ?

Je n’ai pas de climat particulier. C’est plutôt l’état d’esprit qui va déterminer le style du morceau. Je vais être dans tel état, je vais ressentir telle chose, défendre telle image. Quand je suis à trois heure du matin devant l’ordinateur, j’ai envie de surprendre ou matraquer… À côté de ça, je ne voulais pas me cantonner à la seule structure du concert. Je voulais travailler avec de la danse ou du théâtre. Lorsque il y a des compositions trop rythmiques, ça les gênent par exemple. A 14 ans, j’écoutais les Doors et j’aimais tout leur coté théâtral. J’essaye de le faire ressortir dans mon spectacle et dans les morceaux que je fais. Et quand tu fais cette musique là, c’est pour créer une atmosphère. L’expérimental, c’est un peu la bulle où tu essayes tout ce que tu veux sans contraintes.

C’est l’inconnu qui t’intéresse ?
Vadim Vernay - For other tracks Live

Oui, carrément. Je suis en partie dans la recherche. Ce n’est pas le bon mot. Je serais plutôt dans une recherche de la musique electro. Tu te retrouves seul sur la machine et tu as de plus en plus la notion de concept. Et cela devient de plus en plus conceptuel car tu as qu’un PC sur la scène. Quand tu regardes Plaid, ce sont des dieux mais tu te fais chier en concert. Toute la scène cherche à changer ça. The Herbaliser emmène des instruments. Quand tu vois Aphex Twin, tu sens qu’il court après quelque chose qu’il ne connaît pas, qu’il fonce, cherche…

Il y a moins de code dans les musiques dites électroniques ?

L’espace est encore un grand espace de liberté et les codes sont imposés par le fait que tu t’insères dans un marché et des contraintes économiques avec des distributeurs, etc… Mais Internet va nous emmener, au niveau légal et illégal, à concevoir la notion d’album. Ne plus limiter à une heure par exemple. Tu peux mettre en vente un titre de 45 min, faire un album à la carte.

Les majors perdent le marché du disque au profit des vendeurs informatique. On est vraiment dans un moment ou les petits réseaux remontent. Mais c’est difficile à gérer, il y a des milliards de structures partout. Mais je pense qu’il y a une dynamique forte.

Ce qui m’a choqué dans l’autoproduction, c’est la barrière de la distribution et c’est eux qui dominent le marché. Presto m’a refusé parce que je n’avais pas de distributeur. C’est assez difficile. Les magazines ne prennent pas le risque non plus.

Tu as un album en préparation, est-ce que ta propre structure, « La maison », t’a aidé ?

C’est pour ça que j’ai fais La Maison. Pendant mes projets, j’ai rencontré un gars, qui était sur son album depuis quatre ans. C’est Azerty, et c’est super beau, son album s’appelle « Maison ». Il fait de belles orchestrations et quand je le voyais bidouiller dans son coin je me disais que personne n’allait l’écouter. L’éthique et l’amour de l’échange humain est ce que l’on doit défendre en tant que petite structure.

On sent que tu es fan de l’objet musical, du fait que tu donnes presque un morceau de toi dans l’objet qui comprend la musique et la pochette.Tu respectes cet objet ?
Vadim Vernay - For other tracks

Il y a quelque temps, j’écrivais, et dans l’écriture tu as vraiment ce sentiment de donner quelque chose et plus particulièrement en poésie. Je ne pense pas concevoir un disque sans la notion de don. Surtout que tu fais ça dans ta piaule et que tu as le moyen de composer dans ton intimité. Le packaging du disque s’en ressent. C’est manuscrit et à mi-chemin avec le journal intime.

Et le MP3 dedans, le concept album disparaît ?

C’est pour ça qu’en tant que créateur, on peu détourner le truc. On a toujours été dépendant du support physique, quarante cinq minutes à une heure. Là, on passe à une autre étape, ça va libérer autre chose. Il faut s’engouffrer dans la brèche. Cela nous ouvre des portes.

Tu t’ennuies avec des mélodies joyeuses, tu ressens plus de choses dans ce qui est plus sombre ?

J’ai du mal avec tout ce qui est accord majeur et d’emblée je suis attiré vers des sonorités sombres. Cela m’a posé un problème, car on m’a proposé un remix pour un pianiste de jazz que j’aime bien. Il joue du piano jazz improvisé. Quand je me suis retrouvé avec toutes ces pistes à découper, toutes les boucles allaient vers l’heureux, le majeur. Du coup, il n’y a eu aucune boucle dans laquelle je me suis retrouvé même si elles étaient chouettes. J’ai eu énormément de mal à transformer le projet. C’est une question de sensibilité. C’est ce qui fait qu’avec la variété standard, j’ai un peu de mal.

Est-ce plus facile d’exprimer son coté sombre ?

Ce qui est dur, c’est d’intégrer de l’humour dans ta musique. Certain morceaux de TTC sont sacrement gonflés et tu rigoles car il y a plein de petits clins d’œil pour les connaisseurs. Mais je préfère montrer les quelques références que j’ai intégrées. Aphex Twin, par exemple, dans un de mes live. C’est là-dessus que se placerai mon humour entre guillemets.

Bookmark and Share
1 commentaire
  1. extraordinaire post, merci bien.

Laisser une réponse