VADIM VERNAY Esthète abstract hip hop

Vadim Vernay - Longueur d'Ondes

Vadim Vernay et Myosotis, son second album, sont à l’honneur dans Longueur d’Ondes avec cet article de Vincent Michaud paru dans le n°39 d’Avril-Juin 2007.

En dehors des soubresauts branchés d’une électro à la recherche d’un second souffle, cet esthète abstract hip hop bâtit son propre mode.

Bien calé dans sa campagne picarde, Vadim Vernay démontre un caractère bien trempé doublé d’une totale décontraction dans l’art de l’expression sensible. Myosotis, son troisième opus discographique, constitue une nouvelle preuve de ce jusqu’au-boutisme achevé. D’onirisme bon ton, il s’éveillerait sans heurs sur des scènes de cinéma ou de danse contemporaine. Si cette musique s’adresse d’abord à l’esprit, elle n’oublie pas l’exercice. Écouter Funambule au chorus féminin aérien ne fera pas de vous un équilibriste, mais vous donnera plus de légèreté qu’une bouteille d’eau minérale. A contrario, L’Hystérique déstabilise par sa rythmique abyssale et dévoile l’autre facette du compositeur, pas seulement dévoué à la contemplation: « Depuis mes premières créations électro, il y a toujours eu deux orientations, une « rentre dedans » qui scotche l’auditeur à son siège et une autre beaucoup plus minimaliste et sensible. Ce sont deux grandes orientations de l’électro et j’aurais l’impression d’être amputé d’une partie de moi-même si je ne devais en suivre qu’une. Myosotis est étroitement lié à la scène. La plupart des morceaux de l’album a été créé lors de la précédente tournée. Ces morceaux sont nés et ont été finalisés en studio, mais c’est sur scène, en les jouant face à un public, qu’ils ont évolué et se sont développés. Cette confrontation au public est particulièrement enrichissante. Généralement elle intervient après la création des morceaux. Là, au contraire, elle m’a permis de concentrer mon propos, de faire des choix. Dès le début du projet, l’un des enjeux a donc été la scène. C’est surtout ce qui a déterminé l’orientation rythmique et dynamique de l’album. J’ai aussi cherché à m’éloigner de toute influence électro, je ne voulais pas rentrer dans le jeu des styles, des prouesses techniques et autre démonstration de modernité. Je voulais quelque chose de personnel. J’ai donc ressorti de vieux disques de jazz et de musique classique. Et je reste toujours très attaché aux musiques et aux atmosphères de films. Ce sont des espaces de liberté incroyable. »

Vadim Vernay - Longueur d'Ondes

Bien loin des disques aux sonorités éculées et aux rythmiques aussi imaginatives qu’un défilé du 14 juillet, Vadim Vernay dénote. Ce troisième album vous assurera aussi un nombre infini d’heures d’écoute, tant le miracle de la découverte se renouvelle à chaque fois. Myosotis décline au fil de ses jolies strates plusieurs niveaux d’audition, comme des textes les niveaux de lecture. « Au fond, je crois que j’aime bien l’idée selon laquelle un morceau de musique, une rythmique, une mélodie, sont des ensembles de plein de petites choses qui peuvent se compléter, se séparer, se croiser, s’entrechoquer… Parfois, ces mélanges me surprennent moi-même et m’emmènent sur des pistes inattendues. Au final ça donne à la musique à la fois richesse et liberté. » Aucune lourdeur, la production se fait à la fois dense et concise, une antinomie opportune là où d’autres rajoutent des couches pour dissimuler le manque d’inspiration. Les compositions de Vadim Vernay s’illustrent ainsi notamment par l’extrême soin apporté aux finitions. « Utiliser le sampling comme base de travail revient à composer un ensemble avec plein d’éléments hétérogènes. Si l’on ne donne pas à chaque sample une véritable existence et donc une véritable place, ça devient très vite un capharnaüm. Je cherche donc toujours à ne pas saturer la musique d’informations et à lui donner cette apparente simplicité. »

Après le noir et blanc du premier opus, les couleurs parent la pochette de Myosotis, réalisé par Vadim himself. Il a employé là le « vert espérance » certes, mais dans le flou artistique et non figuratif : une manière d’affirmer la palette sans concession pour les sentiments trop facilement définis. Comme dans la musique, les sentiments simplistes ne passeront pas par là. Vadim préfère le laisser-deviner au laisser-aller du pré-mâché. « Le noir et blanc du précédent album était un travail dépouillé, entièrement réalisé à la main. C’était un moyen d’exprimer l’absence de compromis, de faux-semblants, et d’aller à contre-courant de toute une production artistique où la technique prend le pas sur la sensibilité. Avec cette pochette, le parti pris est tout aussi fort mais je voulais qu’il puisse être reçu de manière complétement instinctive et purement sensible. Dans un livre, ce qui est intéressant c’est la place qui est faite à l’imaginaire. Je voulais que la pochette ne soit que ça : un univers que chaque personne, à travers son propre imaginaire, puisse recréer. » En investissant dans ce disque, vous apporterez votre pierre à La Mais°n, label que Vadim édifie avec amour. Pas ingrat, il produit d’autres artistes soucieux de propositions musicales singulières, comme cette symphonie « d’instruments domestiques », composée par Azerti. « En créant le label, ma première envie a été de vouloir éviter à d’autres artistes les galères que j’ai pu connaître. La seconde était de créer une structure qui n’ait pas peur de prendre des risques artistiques dans ses choix de production, qui puisse produire le premier album d’un artiste complétement inconnu, engager un travail de développement de carrière sur trois à cinq ans juste parce que l’on a la conviction que ce projet doit exister. » L’association propose en outre des ateliers de M.A.O., pour ceux qui veulent en prendre de la graine, et elle attend vos démos… dans l’esprit de la maison, bien sûr !

Un immense merci à toute l’équipe de Longueur d’Ondes, à Vincent Michaud ainsi qu’à Raphaël Lugassy pour la séance photo !

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