VADIM VERNAY Entretien pour Bon Temps Magazine

Vadim Vernay - Bon Temps Magazine - Avril 2015

Nous vous en parlions dans un précédent article (Incursion chez Bon Temps) et bien ça y est ! Le numéro d’avril du magazine Bon Temps vient de paraître avec une magnifique couverture accordée à Vadim Vernay à l’occasion de la sortie de l’album It will be dark when we get there. Petit extrait de l’entretien accordé à Bon Temps Magazine, à retrouver en intégralité sur le site de Bon Temps Magazine.

Avec « It will be dark when we get there », l’amiénois Vadim Vernay confirme son appartenance au cercle des orfèvres de la musique. Inventif, privilégiant l’exploration et le mélange des genres, ce 3ème album marque un tournant. Loin des samples electronica et abstrakt hip hop des précédents « For others tracks » et « Myosotis », le musicien s’engouffre cette fois sur les chemins du songwriting, des collaborations, et revêt l’habit de crooner fragile. Hybride, agréablement complexe, intime et émotionnel, « It will be dark… » séduit par sa folie radieuse et sa beauté noire. Rencontre.

Tes albums révèlent un souci pour le détail, le raffinement, la quête d’architectures sonores inventives, presque du travail d’orfèvrerie…

Il y a plusieurs raisons à cette approche. La batterie est mon premier instrument. Je pense que j’ai une approche naturellement « polyrythmique » de la musique. Quelque chose qui fait qu’un morceau ne se construit que par l’ajout, l’interaction, la relation entre des éléments simples qui seraient presque insignifiants pris séparément. Lorsque je travaille avec des musiciens, ils sont parfois perdus par l’apparente simplicité ou l’étrangeté de chaque ligne instrumentale prise individuellement. Ce n’est que lorsque tout s’additionne que cela prend sens. Ensuite, mes premiers albums sont des constructions rendues en partie complexes par l’utilisation du sampling. Je dois construire les morceaux par jeux de transformation d’une matière préexistante. La question des arrangements devient alors primordiale. Sans elle, un morceau ne serait qu’une addition de samples. Or il s’agit bien de créer une nouvelle forme, une nouvelle identité. Et puis, au début du travail sur « It will be dark when we get there », en pleine réflexion sur la direction artistique qu’allait prendre l’album, je suis tombé sur une phrase de Bashung. En substance, il expliquait que son travail fonctionnait par touches. Une phrase musicale trop claire, un genre musical trop identifiable, cassent les possibilités de l’imagination. Cela finit par enfermer le morceau. J’ai pris ces mots comme un encouragement. De fait, les morceaux d’ « It will be dark when we get there » multiplient les plans sonores, les petites touches qui font masse sonore ou qui se cachent dans les replis du morceau et que l’on ne discernera peut-être jamais distinctement, ou peut-être après dix écoutes. Finalement, je crois que j’ai un faible pour ces morceaux que l’on continue de découvrir après dix, quinze écoutes.

Avec “It will be dark when we get there”, titre de ton nouvel album et citation empruntée au romancier William Faulkner, à quoi te réfères-tu?

Le titre de cet album, c’est d’abord plusieurs mois d’angoisse. C’est la première fois que je rencontrais une telle difficulté. Pour les précédents albums, les titres étaient plus ou moins des évidences. Ici, le projet était trop vaste pour le résumer en quelques mots. Ca a donc été des mois de recherches, d’archéologie dans la dizaine de carnets recouverts de notes au fil du projet. Finalement, c’est cet extrait de Faulkner qui s’est imposé. J’étais en pleine lecture de son livre « Le bruit et la fureur » dont est tirée la citation. J’avais donc relevé le petit bout de phrase dans un de mes carnets. À côté de ça, je m’étais donné de nombreuses contraintes concernant ce titre : je voulais qu’il soit long et qu’il ait une forme littéraire marquée (j’ai même écrit des séries d’alexandrins pour ce titre), qu’il exprime le rôle que jouent les mots dans cet album, l’exigence qu’implique son écoute. Je voulais aussi absolument éviter la personnalisation et le pathos outranciers, il fallait donc éviter tout « je » dans le titre. Enfin, je voulais explicitement assumer la vision plutôt sombre de l’album, sans pour autant plomber l’ambiance… Au bout d’un certain temps, c’était une évidence, le petit passage insignifiant de Faulkner remplissait toutes ces conditions : la présence du « nous », la forme future qui crée une anticipation, une tension, au contraire de plomber. Et puis, évidemment, le livre de Faulkner résonnait fortement avec l’album. Les paysages, les faits divers, la violence et la dureté américaines. Dans l’écriture et la forme mêmes, cela résonnait. « Le bruit et la fureur » est fait d’ellipses, de strates. Il retrace l’histoire d’une famille américaine sur trois générations, entrelaçant les années, les personnages, les couleurs de peau… Il peut raconter le suicide d’un de ses personnages pendant un chapitre entier, sans jamais employer le mot ! Maintenant, dire ce que ce titre signifie, c’est une autre paire de manches. La phrase originale est coupée de son entrée en matière (« If we go slow, it will be dark when we get there »). Coupée ainsi, elle acquiert un côté un peu prophétique. Elle exprime pour moi une forme de résignation positive. Ca pourrait vouloir dire « à quoi bon s’agiter, s’il fait nuit à la fin » ? Un éloge du tâtonnement peut-être ? Une forme un peu contradictoire entre un « laisser aller » parce que tout est noir autour, et une nécessité d’avancer et de douter.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien accordé par Vadim Vernay au magazine Bon Temps à sur le site internet de Bon Temps Magazine.

Bookmark and Share
Laisser une réponse