AZERTI Avec sens et dérision

Azerti - Hi-nu

Rencontre entre Azerti et Hi-nu à l’occasion de la sortie du premier album d’Azerti : Maison. Et comme d’habitude avec Azerti, les interviews prennent des tournures un peu étrange…

Collectionneur de sons familiers et adepte des collages dans un premier album « Maison », Azerti répond à mes questions de la même façon qu’il compose : avec sens, dérision et extravagance.

Le familier est extrêmement présent dans ton album « Maison », quel est le rapport que tu as avec pour pouvoir créer ?

J’ai voulu faire le vide pour me plonger dans la peau des premiers hommes qui eurent l’idée géniale d’utiliser deux morceaux de bois pour créer quelque chose d’inutile. Et quand vêtu d’une peau de bête j’ai ouvert les yeux, je n’étais pas dans la savane mais au milieu de la cuisine. J’ai tout de même décidé de poursuivre l’expérience dans cet environnement.

Tu imposes des règles à ton travail, une façon de travailler en particulier ?

Jouer à la musique. Le travail c’est quelque chose qui dure toute la journée et qui assure la subsistance.

Des artistes ou des périodes artistiques t’inspirent particulièrement ?

Tout ce que j’ai vu, lu, entendu, vécu, m’a inspiré soit en positif, soit en négatif, soit en changeant d’avis. Alors la liste serait un peu longue. En ce moment j’écoute surtout Talking Heads période Boris Vian remixé par Chostakovitch avec Donna Summer.

Azerti - Maison
Tu as mis du temps à produire un premier album. Est-ce la base d’un futur travail ou l’expression d’un état personnel qui a mis du temps à se révéler ?

C’est vrai qu’il s’est passé trente-deux ans jusqu’à l’aboutissement de ce premier album ! Mais ça aurait pu prendre beaucoup plus longtemps si je n’avais pas croisé la route de Vadim Vernay, créateur du label «La Maison». Le problème c’est que je suis un peu lent…

Comment sélectionnes-tu ta matière sonore ? Est-ce le sens ou la valeur musical d’un son qui t’intéresse le plus ?

Très gros tamis: le sens. Gros tamis: le son. Tamis moyen: le sens. Petit tamis: le son. Il m’arrive d’utiliser des tamis encore plus fins, mais je tremble un peu des mains et ça mélange n’importe quels sons dans tous les sens.

Préfères-tu la colle ou les ciseaux ?

Ça me paraît réducteur de mettre d’un côté le copier et de l’autre le coller, personnellement je penche plutôt vers une vision multipolaire du monde.

Dans chacun de tes morceaux, une image est souvent associée à un son. Souhaites-tu donner un sens à ces images dans tes compositions musicales autant que dans les compositions visuelles de ta pochette ?
Azerti - Maison - Cdrom

Les visuels ne sont que la photographie de l’orchestre, le premier des trois degrés de perception d’un instrument. Détaillons ces trois degrés en prenant l’exemple de la pompe à vélo.
1-l’image: évoque l’univers du vélo.
2-le son: on entend de l’air.
3-la musique: un oiseau qui chante?
Mon but c’est de générer une émotion avec du vélo, de l’air, et peut-être un oiseau.

En créant des textes a partir d’éléments collés que tu as pris dans des livres de cuisine ou dans les publicités, souhaites-tu, en plus de la musique, mettre en cause ou mettre en lumière quelque chose ? (Politique, spirituel,…)

On peut détourner le sens d’un texte en y changeant seulement quelques mots, j’ai donc ma part de responsabilité dans leur orientation. Et j’avoue qu’il est possible de trouver parmi ces textes à vocation poétique quelques caricatures du monde qui nous entoure.

Après la sortie de ton album, fais-tu toujours de la musique à table avec les couverts ou avec la porte du garage lorsque tu sors les poubelles ?

Il faut exécuter des gestes extrêmement précis pour ne produire aucun son lors des manipulations quotidiennes. Personnellement je n’ai pas atteint ce niveau de perfection.

Azerti - Maison - Stickers
Les plages multimédia de l’album sont très agréables à jouer. Je peux déclencher un ensemble de sons familiers des différentes pièces de la maison et créer mes propres morceaux. Quel sens donnes-tu à cette expérience ?

Je propose des aller-retour entre l’écoute du disque et la découverte des sons qui le composent. À l’origine le projet multimédia —un jeu de musique avec les sons de la maison— était une fin en soi. Comme l’album est né de ce jeu, j’ai également voulu faire partager le plaisir que j’ai eu durant cette phase de création.

Aurons-nous la chance d’écouter cette musique en live ou en installation ?

Déjà que je n’avais pas imaginé faire ce disque «en vrai», tu penses bien que j’ai encore moins prévu pour le live. Par contre j’en ferais une priorité lors de mon second mandat. En attendant, je suis ouvert à toutes propositions d’artistes souhaitant utiliser ma musique pour installation, danse, vidéo ou autre… Alors bientôt peut-être ?

Retrouvez l’interview d’Azerti sur Hi-nu.com.

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